Projection : les essentiels

projection

Temps de lecture ~15min

Vous n’avez pas le temps de lire l’ensemble du dossier sur la projection mais ce sujet vous intéresse? Vous avez lu les articles mais un récap’ condensé vous ferait du bien? Bienvenue sur les essentiels du dossier « La projection : de l’erreur du débutant aux applications thérapeutiques ».

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-Article 1-

Le concept de projection a été principalement développée au sein des mouvements psychanalytiques : Ce que l’on ne peut accepter en soi (pensées, sentiments, motivations, etc.), l’esprit le place à l’extérieur et il est ainsi attribué à quelqu’un d’autre.

Ex : Une personne qui est en insécurité vis-à-vis de sa valeur personnelle pourrait refouler celle-ci (ce qui peut se traduire par une compensation : elle fait tout pour se donner de la valeur). La projection dans ce cas consisterait à attribuer une faible valeur aux personnes de l’entourage. Le contenu « je ne vaux rien », dans cet exemple, est inacceptable et la projection donne : « ils ne valent rien ».

Mise en garde : nous pouvons utiliser abusivement le concept de projection pour retourner toutes les remarques qui nous sont faites vers l’expéditeur :

A : « Je te trouve un peu agressif aujourd’hui. »
B : « Ha! Tu projettes ton agressivité sur moi, en fait c’est toi qui es agressif, pas moi! »
A : « J’ai pas l’impression d’être très agressif… »
B : « Mais c’est parce que tu refoules ton agressivité! C’est pour ça que tu me vois agressif! »

Le concept de projection est partiellement validé par :

  • Effet de faux consensus : Ce biais consiste à surestimer le degré d’accord que les autres ont avec nous (dans leurs opinions, leurs croyances, les préférences, les valeurs et les habitudes). C’est aussi la tendance égocentrique à estimer le comportement d’autrui à partir de notre propre comportement. (Wikipedia)
  • Inhibition des pensés : quand un sujet inhibe volontairement une pensée, cette pensée revient plus fortement après inhibition. Les effets d’amorçage font que les objets psychiques inhibés deviennent plus saillants dans l’environnement.
  • Modèles prédictifs Bayésiens : L’expérience de vie nous permet d’évaluer ce qu’il est le plus probable d’advenir dans une certaine situation. Ce type de modèle prédictif est sensible aux biais de surexposition (par exemple la surexposition à des scènes de criminalité par les médias). A ce propos je vous conseille ce TED talk de Dan Gilbert. Ces modèles nous permettent de simuler ce que devrait vivre notre interlocuteur mais sont dépendant de l’expérience.

Nous pouvons à partir de l’usage courant et des appuis scientifiques exposés proposer une définition plus large de la projection :

La projection est l’attribution ou la surestimation chez autrui de contenus psychiques d’une part et de modes de fonctionnement d’autre part sans toutefois disposer d’indices comportementaux suffisants pour les inférer.

La projection peut présenter un risque majeur en accompagnement si le thérapeute ne contrôle pas ce mécanisme. Et cela pour 2 raisons majeures :

  • Soit le client refuse la projection (elle ne correspond pas à son vécu) et cela casse le lien :

Client (absorbé dans une scène imaginaire) : « et là je suis en train de jouer avec mes jouets d’enfance »
Thérapeute projectif : « Vous êtes en train de jouer avec vos petites voitures de quand vous étiez enfant… »
Client (ressort de son imaginaire) : « Mais pas du tout, vous écoutez ce que je vous dis au moins? »

  • Soit le client accepte la projection (comme une suggestion), on dit alors qu’il y a introjection. Cela peut générer de faux souvenirs dans le cas de contenus psychiques (comme c’est le cas quand un « thérapeute » est persuadé qu’il y a eu un viol dans l’enfance). Pour un exemple je vous invite à regarder ici.

Un cas particulier d’introjection concerne les heuristiques thérapeutiques que nous utilisons. Là nous touchons à un problème malheureusement trop répandu dans notre profession. Le thérapeute se forme à un courant de thérapie, apprend des heuristiques thérapeutiques, c’est-à-dire des techniques, des méthodes, des savoir-faire. Mais alors deux drames peuvent se produire : (1) le thérapeute transforme les heuristiques en ontologies et (2) il dogmatise sa pratique et tente d’appliquer la même recette indépendamment du client.

(1) Ce que je veux dire par là, c’est que le thérapeute passe d’une vue de l’esprit, d’un modèle, d’une conception hypothétique avant tout pratique et opératoire à une conception descriptive, réelle, concrète.

(2) Par dogmatisme, je veux bien sûr parler de cette pratique très rassurante qui vise à se dire que l’on a tout compris au fonctionnement de l’esprit humain et que l’on a trouvé LA recette pour résoudre tous les problèmes du monde.

Comment éviter un tel carnage?
C’est ce que je propose d’explorer maintenant…

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-Article 2-

La projection est-elle toujours aussi mauvaise que j’ai bien voulu la faire passer? Bien sûr que non, elle est d’ailleurs utilisée par les thérapeutes les plus talentueux. C’est ce que nous appelons l’intuition thérapeutique.

Mais avant, comment différencier une bonne projection d’une mauvaise?

il y a deux points clefs à partir desquels nous pouvons évaluer a posteriori une projection faite :

  • Quelle est l’intention derrière cette projection? Quel est l’objectif?
  • Quel est l’effet réel de cette projection?

Ainsi, une projection faite avec une intention en tête est… une suggestion! Et le problème de savoir si cette suggestion/projection est bonne revient à se demander si elle sert une cause, un objectif sain et si elle est efficace.

Avant de voir comment faire de bonnes projections, intéressons-nous au clean language. Dans cette technique, les contenus sont strictement ceux proposés par le client. Si je simplifie à l’extrême le principe de cette méthode, il s’agit de manipuler les contenus du client, principalement à travers des questions, pour explorer la structure de ces contenus (leurs relations) et amener le client à faire évoluer ses structures. Ainsi, il n’y a aucune projection de contenus (ça demande quand même du temps et des efforts pour arriver à une bonne maitrise), mais il reste néanmoins nos aprioris de changement que nous projetons lors de la séance qui subsistent, ne serait-ce qu’à travers le choix des questions…

Une majorité de thérapeutes témoignent d’une part décisionnelle irrationnelle dans leurs interventions, nous pouvons décrire cette part là comme une intuition thérapeutique. Vous êtes avec votre client, en plein cœur de l’anamnèse, quand soudain… Pris d’inspiration, vous posez la question qui tue : montée d’émotion, insight, c’est là que se trouve la problématique que le client veut traiter. Qu’est-ce que cela si ce n’est une projection? Les éléments que votre interlocuteur vous donnait ne pointaient clairement pas dans cette direction, pourtant cette projection vous a permis de passer un cap dans la séance, mais aussi et surtout dans la relation.

Regardons maintenant sur quelles bases cette fameuse intuition thérapeutique se base :

  • Le premier point que j’aimerais aborder et qui conditionne énormément la qualité de l’intuition concerne les heuristiques cachées.Une heuristique est une règle, une méthode ayant un objectif avant tout pratique. Les heuristiques peuvent être fausses, mais mènent rapidement vers un résultat et avec peu de moyens. Ce sont ces heuristiques qui nous permettent de faire des choix relativement simples dans la vie de tous les jours qui seraient simplement impossibles à résoudre de façon rigoureuse et analytique. Il s’agit donc de règles que nous utilisons pour réaliser nos choix mais sans en avoir conscience ou de façon assez partielle et grossière. Ces heuristiques ont surtout été étudiées par la psychologie des biais cognitifs et l’économie comportementale. Je vous recommande ce TED talk en français et celui-ci de Dan Ariely. Il y a trois raisons pour lesquelles ces heuristiques peuvent être dysfonctionnelles :
    1. L’heuristique a été développée pour un certain contexte et elle est utilisée dans un contexte différent, ce qui la rend inefficace ou contre-productive.
    2. Nous accordons trop de confiance au résultat de l’heuristique, c’est à dire plus que ce qu’elle permet effectivement de savoir.
    3. Différentes heuristiques peuvent entrer en conflit de façon imprédictible.

     

  • Au-delà des heuristiques « instinctives » avec lesquelles nous naissons, nous en acquerrons tout au long de notre vie par apprentissage. Il existe plusieurs types d’apprentissages que nous ne détaillerons pas ici, mais deux types nous intéressent particulièrement :
    1.  Le conditionnement opérant (aussi dit de type 2) et l’apprentissage social de Bandura qui correspondent à un type d’apprentissage optimisant la décision.
    2. L’entrainement d’un modèle prédictif implicite (de type Bayésien par exemple), dont nous avons déjà parlé plus haut.

Pour garder ce résumé court, disons simplement qu’il s’agit des apprentissages par essai-erreur et par imitation. Pour optimiser au mieux ces apprentissages, il faut pour le premier : explorer suffisamment de variations comportementales (essayer plusieurs alternatives) ET avoir une mesure de la récompense suite à la réponse comportementale (savoir ce que l’on préfère entre deux situations). Pour l’apprentissage social, il s’agit de passer du temps avec  les thérapeutes d’exception qui nous inspirent et de les modéliser.

Une fois les biais qui se glissent dans nos « intuitions » prisent en compte et un entrainement efficace de cette faculté mis en place, il reste tout de même à voir ce que l’on peut bien faire des projections que font nos clients. Et ça tombe bien puisque c’est justement de cela dont je vais parler…

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-Article 3-

Le fait de faire attention à ses propres projections à travers l’entrainement permet de plus facilement repérer celles que font les clients. Mais pour faire de vous de véritables chasseurs de projection, voici deux outils :

  • Le contre-transfert – s’il n’est pas parasité par votre propre transfert (c’est-à-dire vos propres projections en un sens) – est un outil diagnostique efficace. Il s’agit de prendre conscience des émotions qu’éveille en vous le client et du rôle dans lequel il vous place spontanément.
  • Le métamodèle issu de la PNL est un outil permettant de questionner les généralisations abusives, les distorsions de la réalité et les omissions dans le discours du client. Or, c’est dans ces traits que se cachent au moins une partie de ce qui sous-communiqué.

En quoi les projections nous intéressent-elles?

Tout d’abord, nous pouvons repérer qu’une problématique peut reposer sur une mécanique de projection systématique et stimuler la projection permet au client de devenir plus attentif à cette dernière et de pouvoir développer des stratégies d’adaptation.

Mais la projection peut servir tout simplement à extérioriser des contenus ou fonctionnements internes (ce que nous appelons de façon générale dissociation). Cette extériorisation permet de travailler sur les contenus ou processus de différentes manières

Comment stimuler la projection?

Plus une situation est ambiguë, confuse, difficile à définir et à prédire, plus notre esprit va tenter de combler ce manque d’information. Cela peut se passer en cherchant à imiter la tendance du groupe social dans lequel nous nous trouvons (expérience de Asch et variantes), en augmentant les interactions avec l’environnement (comportements d’exploration) ou en puisant dans le passé pour trouver une situation plus ou moins similaire. Mais une façon de réduire l’incertitude lorsque ces stratégies ne sont pas disponibles, c’est de combler le manque d’information par projection.

Les dispositifs respectant ces critères sont connus sous le nom de « surfaces projectives », par exemple : le tarot, l’interprétation des rêves, les formes dans les nuages, les boules de cristal, les murs blancs, les flammes, les reflets, la déprivation sensorielle, les bruits blancs, etc.

Que faire avec une projection?

  • La première chose que l’on peut faire, c’est rendre explicite cette projection. Utiliser des outils de la CNV permet de proposer (plutôt que d’imposer) au client de prendre conscience de la projection. Il s’agit d’un recadrage par métacommunication.
  • Nous pouvons également utiliser les sous-modalités pour la transformer, puis la réintrojecter. Les sous-modalités sont les paramètres sensoriels irréductibles qui constituent notre expérience. Par exemple une image, qu’elle soit vue ou imaginée, aura des composantes de formes, teintes, luminosité, saturation, texture, etc. qui définissent cette dernière. Ces éléments de base de l’expérience, lorsque notre expérience est de nature imaginative, peuvent être modifiés à volonté. Or les projections sont de nature imaginative, nous pouvons donc les altérer.
  • Une autre utilisation de la projection consiste à créer de la communication interne. En rendant externes et explicites des parties de nous (contenus et processus), nous pouvons entamer un dialogue entre différents aspects de nous même et décloisonner nos apprentissages, nos motivations et rendre plus flexibles nos capacités face à différents contextes. Ces techniques sont issues des approches en sous-personnalités ou ego-states. Je vous recommande cette vidéo d’hypnologie (Cyrille Champagne) de 23:35 à 38:25 où l’invité – Bernard Frit – présente ce type de procédure.

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-Un mot pour finir-

Je préfère rappeler qu’il s’agit ici d’un résumé d’articles ne faisant qu’effleurer la surface d’un sujet riche. Si vous désirez aller plus loin et que vous n’avez pas lu les articles, c’est par ici. Autrement, je vous invite à vous tourner vers les sources que je vous propose à la fin de chaque article (certaines sont disponibles gratuitement sur internet).

A très vite pour la suite!

Clément

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CC

Cette œuvre est mise à disposition selon les termes de la Licence Creative Commons Attribution – Pas d’Utilisation Commerciale – Partage dans les Mêmes Conditions 4.0 International.

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