La projection : de l’erreur du débutant aux applications thérapeutiques (3)

projection

-INTRODUCTION-

Dans le premier article de cette série sur la projection, nous avons pris le temps de faire un rapide tour d’horizon de cette notion. Dans le second, nous avons exploré les modalités d’une expression saine et efficace de la projection par le thérapeute. Dans cet article nous allons nous intéresser spécifiquement à la gestion des projections faites par le client.

Le fait de faire attention à ses propres projections à travers l’entrainement permet de plus facilement repérer celles que font les clients. Cependant, ce n’est pas toujours aussi simple… En effet, la projection de contenus ne va pas nécessairement vous être communiquée directement et simplement (par exemple le client ne vous dira sans doute pas qu’il vous trouve ennuyant ou sexy). Pour repérer ces projections, il va alors falloir sonder ce qui est sous-communiqué. Plusieurs outils sont disponibles pour cela :

  • Le contre-transfert – s’il n’est pas parasité par votre propre transfert (c’est-à-dire vos propres projections en un sens) – est un outil diagnostique efficace. Utilisé avec discernement, par exemple avec des méthodes issues de la CNV (communication non violente), il permet un processus de métacommunication, ce qui va permettre au client de se rendre compte de sa projection. Il devient alors observateur de son propre comportement et peut alors le rectifier. Il s’agit là d’un recadrage classique : vous redéfinissez les rapports en mettant en lumière les rapports qui avaient cours jusque-là.
  • Le métamodèle issu de la PNL (programmation neurolinguistique) est un outil permettant de questionner les généralisations abusives, les distorsions de la réalité et les omissions dans le discours du client. Or, c’est dans ces traits que se cachent au moins une partie de ce qui sous-communiqué. Questionner cela, c’est demander au client de rendre explicite ce qu’il gardait implicite (parfois même à lui-même) et de se confronter à ses propres projections encore une fois.

Mais repérer et révéler une projection que fait un client n’est pas nécessairement la meilleure solution. En effet, malgré une formulation précautionneuse (comme en CNV par exemple), certains clients peuvent réagir en coupant le lien ou en utilisant d’autres stratégies de communication qui n’aident pas vraiment. Dès lors, connaitre son client semble être un bon départ, et posséder d’autres outils plus poussés, une nécessité.

Nous verrons de façon séquentielle comment stimuler ce phénomène de projection et quelle utilité cela peut représenter. Puis nous interrogerons la notion d’introjection, à la fois en termes d’apprentissages. Ces deux thèmes nous donneront les bases sur lesquelles nous pourrons considérer les modifications des contenus et processus projetés, notamment à travers l’utilisation des sous-modalités. Nous terminerons en reconsidérant le phénomène de projection en termes de communication interne.

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-STIMULER LA PROJECTION-

D’aucuns pourraient s’étonner que l’on cherche à stimuler la projection plutôt qu’à l’inhiber. En effet, nous avons largement pu constater au cours des deux derniers articles que la projection est plutôt vectrice de problèmes dans la communication si elle n’est pas gérée de façon appropriée. Alors pourquoi vouloir favoriser ce phénomène?

Tout d’abord, nous pouvons repérer qu’une problématique peut reposer sur une mécanique de projection systématique (nous verrons quelques exemples lorsque nous parlerons d’introjection) et stimuler la projection permet au client de devenir plus attentif à cette dernière et de pouvoir développer des stratégies d’adaptation.

Mais stimuler la projection peut servir tout simplement à extérioriser des contenus ou fonctionnements internes (ce que nous appelons de façon générale dissociation). Cette extériorisation permet de travailler sur les contenus ou processus de différentes manières comme nous le verrons avec les sous-modalités et la communication interne.

Se pose alors la question de savoir comment favoriser le phénomène à proprement parler et nous ferons une distinction entre projection sur des objets et projection sur le thérapeute.

Projection sur objet :

Plus une situation est ambiguë, confuse, difficile à définir et à prédire, plus notre esprit va tenter de combler ce manque d’information. Cela peut se passer en cherchant à imiter la tendance du groupe social dans lequel nous nous trouvons (expérience de Asch et variantes), en augmentant les interactions avec l’environnement (comportements d’exploration) ou en puisant dans le passé pour trouver une situation plus ou moins similaire. Mais une façon de réduire l’incertitude lorsque ces stratégies ne sont pas disponibles, c’est de combler le manque d’information par projection. Voyons immédiatement un exemple :

Un client propose une problématique. Il est alors invité à piocher une carte d’un jeu fortement symbolique, vague et riche en interprétations tel que le tarot (ou d’autres jeux spécialisés pour l’accompagnement). L’accompagnant peut proposer au client que cette carte représente son problème et l’invite à la décrire, à l’interpréter et à trouver l’histoire qui lui est racontée.

Bien sûr, on ne s’arrêterait pas là lors d’un accompagnement, mais cela permet d’avoir une base de discussion. Ici, le client est mis dans la posture du voyant, sauf que là le dispositif permet – une fois les premières hésitations passées – de forcer la projection. Cela peut être amplifié à l’aide de questions portant sur des aspects très subjectifs de l’expérience ou sur des aspects absurdes (« cette carte est-elle plutôt chaude ou froide? ») qui n’ont pas de « bonne » réponse, ou n’ont que des bonnes réponses. Ainsi le client peut lâcher progressivement la logique et en venir à dire que c’est son collègue de boulot qu’il ne peut pas supporter sur la carte.

D’autres supports projectifs peuvent être employés, tombant grossièrement en deux catégories : les supports conduisant à une interprétation (comme le tarot, l’interprétation des rêves, les formes dans les nuages, etc.) et ceux conduisant à un processus hallucinatoire. Dans cette seconde catégorie nous trouvons les boules de cristal, les murs blancs, les flammes, les reflets, la déprivation sensorielle, les bruits blancs, etc. Ces supports permettent d’une façon ou d’une autre de perturber les sens de telle sorte que les phénomènes résultants constituent une hallucination (visuelle ou auditive en pratique). Le contenu des hallucinations est bien entendu de nature projective et quelques préparations permettent de cadrer ce qui se manifeste lors de cette procédure. Notamment le fait d’avoir passé du temps à parler de la problématique, le fait d’être dans une séance qui a pour but de dépasser cette problématique, le cadre qu’installe le thérapeute invite également le client à un certain type de projection et – comme nous le verrons plus tard – à un certain type de dénouement. Notons tout de même qu’une hallucination n’est pas nécessaire, un simple exercice d’imagination peut déjà avoir des effets très satisfaisants. Par exemple, en Gestalt thérapie il y a un type d’exercice où le client est invité à imaginer une personne sur une chaise vide et qui s’appuie sur les mécanismes décrits précédemment.

Projection sur le thérapeute :

Force est de constater que bien souvent le client projette sur nous un rôle bien particulier. Celui-ci peut changer dans le temps, parfois de façon assez brutale. C’est par exemple le cas lorsqu’il vous parle de son conjoint et  qu’il  passe à la deuxième personne dans la conversation : « … et il était là, assis dans le canapé. Et j’ai eu envie de lui dire : « Tu vas te lever et m’aider! Tu n’as rien fait de la journée! En fait tu ne m’aimes pas, tu restes avec moi juste par confort… » « . Dans cet exemple, le client projette le rôle du conjoint pour se permettre de dire ce qu’il n’a pas pu ou pas osé dire. Ce type de projection peut être stimulé à l’aide de jeux de rôle où le thérapeute va explicitement incarner le personnage voulu.

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-INTROJECTION, APPRENTISSAGE-

Nous avons déjà parlé d’introjection dans le premier article. Pour rappel, l’introjection est l’incorporation dans son propre psychisme de contenus ou de processus en provenance de l’extérieur.

Si l’introjection a été vu précédemment comme un processus nocif (introjection de contenu créant du mal-être), il faut se rappeler tout de même que c’est par ce processus que l’on se construit et que l’on apprend. Ainsi, surtout en bas âge, nous copions – parfois de façon caricaturale – les comportements et les façons de penser de nos parents, de nos amis, de nos enseignants, etc. Ces incorporations de contenus psychiques externes peuvent être ensuite réutilisés tels quels (par exemple un enfant qui doit s’occuper de son frère en bas âge et qui réutilise le comportement introjecté de ses parents et des autres parents qu’il a pu observer) ou modifiés (par exemple un enfant pourra réutiliser le comportement introjecté de ses parents pour jouer avec ses poupées). Il va de soi que ce mécanisme est également à l’œuvre à l’âge adulte, mais il va également de soi que son influence varie considérablement selon le contexte. Un cadre de vie contrôlé (peu de nouveautés, compétence relative aux demandes de l’environnement, etc.) limite le besoin d’introjection, c’est un biais que l’on retrouve chez les « experts » qui parfois ont du mal à bousculer la conception de leur activité. Cette dynamique est un mécanisme simple de conservation : la situation est stable, introjecter de nouveaux contenus pourrait déstabiliser la situation, donc l’introjection est bloquée. C’est une dynamique très saine, que l’on retrouve dans l’esprit critique : le but c’est introjecter des contenus et des processus de qualité, et pour cela il est nécessaire de bloquer l’introjection de contenus néfastes. A l’inverse un cadre de vie totalement déstructuré (chaos, imprédictibilité des situations, non-compétence par rapport aux besoins de l’environnement, etc.) favorise l’introjection de contenus, justement pour stabiliser la situation. C’est une dynamique qui est souvent très saine : je suis face à une situation dans laquelle je n’ai pas le contrôle, je vais donc introjecter les contenus des personnes qui sont à l’aise dans cette situation. Mais il y a aussi un risque inhérent à cette dynamique de stabilisation : en introjectant de façon effrénée des contenus incohérents, divergents ou nocifs, nous pouvons entretenir le chaos plutôt que d’atteindre une forme de contrôle.

A partir de là, vous voyez sans doute où je veux en venir : le client étant dans une situation d’instabilité, il présente certes le risque d’introjecter vos projections (comme vu au premier article), mais cela veut aussi dire qu’il va pouvoir introjecter des contenus aidants que vous possédez.

Je garde un souvenir ému d’une phrase de E. Rossi qui m’a marqué :

« Erickson était une personne extraordinaire, il pouvait se permettre d’utiliser ses propres ressources pour aider ses patients ; personnellement, j’utilise les ressources déjà présentes chez le patient » Congrès de l’hypnose, Paris, 2017

Même si Erickson utilisait également les ressources de la personne, on peut saluer la sagesse de Rossi de s’en tenir à une activation de potentiels plutôt qu’à un développement de compétences. Cependant, je ne suis pas certain que l’utilisation de ses propres ressources en tant que praticien ne soit réservé qu’aux personnes extraordinaires. J’ai la conviction qu’une pratique raisonnée, un principe de précaution, une supervision correcte et une attention soutenue de la part du praticien permettent un transfert sain des ressources au sein de la relation d’accompagnement. Ceci dit, j’ai du mal à croire qu’un praticien aussi talentueux que Rossi n’utilise pas de temps à autre ses propres ressources…

Reste à savoir quelle est cette chose mystérieuse que l’on entend par « utiliser ses propres ressources »… On peut voir cela à travers deux canaux : une transmission explicite de ressources et une transmission implicite.

Transfert explicite de ressource :

Le transfert explicite de ressource est exactement ce qu’il semble être : un enseignement. Il s’agit, sur base de ses propres apprentissages, de proposer au client de développer les contenus et processus psychiques qui lui manquent pour résoudre ses problèmes de façon autonome. Cela peut passer par de la formation à certaines compétences (psychologiques ou relationnelles dans notre métier) comme la capacité à prendre rapidement du recul sur une situation, être capable de se relaxer, savoir retrouver de l’énergie, etc. Mais aussi par la communication de points de vue alternatifs comme les recadrages.

Transfert implicite de ressource :

En parallèle d’un éventuel transfert explicite, il peut se produire un transfert implicite de ressources. En effet, au cours des séances, le client est exposé au comportement de l’accompagnant, à ses idées, et (parfois) à son imaginaire. En contact avec cela, le client va pouvoir intégrer sélectivement des contenus (pas nécessairement de façon consciente). C’est exactement ce qui se produit dans un grand nombre de cas, comme dans notre exemple de l’enfant qui a introjecté le comportement de « parenting ». En effet, personne ne nous apprend à être parent : ce n’est bien souvent pas le cas lorsque l’on est adulte et ça l’est encore moins pour un enfant. Quoi qu’il en soit, l’apprentissage par imitation est une part importante de notre apprentissage et permet d’introjecter des contenus qu’il ne serait pas possible d’apprendre de façon explicite, ou alors de façon très complexe (c’est notamment le cas de l’apprentissage émotionnel).

A l’opposé des introjections aidantes dont nous venons de parler, il y a un certain nombre d’introjects nocifs qui peuvent se révéler en séance. Ces introjects sont souvent hérités de périodes clefs de la vie de la personne comme l’enfance (avec la famille, l’école, etc.), l’adolescence (groupe d’amis, études, clan social, lectures, films, etc.), le passage à l’âge adulte (premier travail, relations de couple, etc.), le passage à la vie parentale et bien d’autres. Ces introjects peuvent être des croyances (comme par exemple « il faut souffrir pour réussir »), des comportements (comme des vérifications compulsives), des stratégies (comme le fait d’utiliser l’humour pour désamorcer ou divertir de toute situation mettant à jour ses émotions), des rôles (ensemble de comportements conditionnés, comme par exemple le rôle d’enseignant tyrannique), des affects (comme l’anxiété d’un parent), et quantité d’autres contenus que je vous laisse imaginer pour éviter de faire un catalogue (partagez vos exemples d’introjects nocifs et aidants dans les commentaires!). Notons que ces contenus et processus introjectés suivent souvent des patterns de stabilisation, par exemple : un contenu introjecté va être projeté sur autrui avant d’être validé en soi.

Prenons un exemple pratique pour illustrer cela : Imaginons que je sois en colère, une colère introjectée de mon patron mais que je refoule, lorsque j’arrive en famille, je projette cette colère sur un membre de la famille. Suite à cette projection (je trouve que cette personne est en colère), j’embête cette personne pour savoir ce qui la met en colère jusqu’à ce qu’elle finisse par s’énerver de mon entêtement. Ainsi, je peux légitimement activer le contenu « colère », valider sa pertinence et renforcer à la fois le conditionnement colérique et la stratégie que l’on vient de décrire.

Ces introjects ont donc le bon goût de faire surface en séance, surtout lorsque l’on questionne la problématique ou que l’on effectue des exercices projectifs. Mais que peut-on faire pour travailler sur ces introjects que le patient projette?

 

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-PROJECTION ET SOUS-MODALITÉS-

Une solution que je souhaite proposer ici pour travailler avec les contenus introjectés nocifs concerne les sous-modalités. Si vous n’êtes pas familier avec cette notion issue de la PNL, nous allons préciser de quoi il s’agit.

Les sous-modalités sont les paramètres sensoriels irréductibles qui constituent notre expérience. Par exemple une image, qu’elle soit vue ou imaginée, aura des composantes de formes, teintes, luminosité, saturation, texture, etc. qui définissent cette dernière. De même une sensation tactile pourra être décrite en fonction de la température, de la rugosité, de la souplesse, etc. Remarquez que même en manipulant des concepts, si je vous demande : « comment savez-vous que vous manipulez ce concept? », votre réponse ne pourra être d’autre nature que sensorielle. Ces éléments de base de l’expérience, lorsque notre expérience est de nature imaginative, peuvent être modifiés à volonté. En effet, si je vous demande d’imaginer un carré rouge, sur un simple acte de volonté, vous pouvez le transformer en carré vert.

Ainsi, les introjections – pouvant être expérimentées directement lors de pratiques projectives – sont constituées naturellement de sous-modalités. Ces introjections étant de nature imaginaires (si un introject a pris la forme d’un parent qui dit « tu es nul, tu n’y arriveras jamais! », cette forme est imaginaire ; il n’y a pas réellement un parent qui parle dans la pièce…), elles peuvent donc être altérées par un acte de volonté exactement de la même manière que le carré rouge de l’exemple précédent. Les introjects projetés et altérés peuvent alors être réintrojectés par le client. Maintenant reprenons notre exemple du parent qui déclare « tu es nul, tu n’y arriveras jamais! », que pensez-vous qu’il se passera si le client altère cette représentation en changeant la voix du parent par la voix de Mickey mouse? Ou si l’image du parent porte un nez de clown? Ces exemples soulignent le lien puissant qui unit dans l’imaginaire la représentation d’une part, et son pouvoir d’action d’autre part.

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-UNE QUESTION DE COMMUNICATION INTERNE-

Au-delà de l’altération des contenus introjectés décrits précédemment, d’aucuns pourraient poser la question : « mais qui est ce JE qui modifie ces contenus? ». Pour quelqu’un qui ne serait pas familier avec les notions d’états du moi, de sous-personnalités ou de systémique interne, cette question pourrait paraitre bien étrange…

Je détaillerai dans un prochain article le sujet des états du moi, mais pour l’instant je me bornerai à vous faire « sentir » ce que ce concept recouvre. Vous pouvez constater dans votre propre vie que, selon les situations, vous n’avez pas les mêmes comportements. Vous ne vous comportez heureusement pas de la même manière dans un milieu professionnel ou dans une relation intime. Mais au-delà de cet aspect comportemental, vous ne pensez pas de la même façon non plus selon les contextes… Quand vous planifiez un projet ou quand vous parlez du bon vieux temps avec des amis de longue date, ce ne sont pas les mêmes pensées que vous avez en tête, ni les mêmes façons de penser. De même votre physiologie, votre posture, votre respiration ne sont pas les mêmes quand vous vous réveillez ou quand vous devez prendre la parole devant un auditoire important. Le concept d’état du moi ou de sous-personnalité (j’utiliserai les deux de façon interchangeable ici) nous invite à regrouper ces structures comportementales, émotionnelles et cognitives correspondant à un contexte donné sous une structure unifiée que nous appelons sous-personnalité. Ainsi, je peux avoir une sous-personnalité timide qui ressort dans des contextes professionnels et amoureux, une sous-personnalité de combattant qui s’exprime quand je fais du sport, une sous-personnalité pacifiste quand je suis avec des amis, etc. Ce qui fait que lorsque j’incarne à un moment donné une sous-personnalité, elle peut avoir un avis assez tranché sur les moments où j’incarne une autre sous-personnalité. Dans notre exemple la sous-personnalité de combattant peut mépriser la sous-personnalité timide, cette dernière peut avoir honte de ne pas être assez « forte » ou « détendue » par rapport aux deux autres et la sous-personnalité pacifiste peut trouver qu’il n’y a qu’à se détendre dans les contextes où sortent les deux autres sous-personnalités. Ce petit exemple caricatural permet de se faire une idée de ce que sont les états du moi et les rapports qu’ils peuvent entretenir entre eux.

Cet aparté refermé, reste la question de quel état du moi est à l’origine de l’altération de ce qui est projeté. Cette question est d’autant plus importante que ce qui est projeté peut être une sous-personnalité! Ce qui veut dire que vous, en tant qu’accompagnant, servez une sous-personnalité dans son conflit contre une autre sous-personnalité. Parfois il y a de bonnes raisons de prendre part dans un conflit interne, parfois c’est plus discutable… Par contre ce qui, à mon avis, reste vrai en toute occasion, c’est que rétablir de la communication entre parts qui veulent se supprimer évite de faire n’importe quoi. En effet, compte tenu de notre fonctionnement « normal », ces sous-personnalités n’ont pas l’opportunité de communiquer : elles apparaissent séquentiellement dans le temps. Ce que permet le jeu de la projection, aidé par des phénomènes hypnotiques éventuellement, c’est d’avoir deux (ou plus) sous-personnalités présentes en un même instant (en synchronie plutôt qu’en diachronie). Ainsi, par ce jeu de communication entre aspects de nous-même, nous gagnons en flexibilité, nous apprenons à utiliser nos comportements de façon plus libre et moins cloisonnée. Je vous recommande cette vidéo d’hypnologie (Cyrille Champagne) de 23:35 à 38:25 où l’invité – Bernard Frit – présente ce type de procédure.

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-CONCLUSION-

Après deux conclusions intermédiaires, il est temps de conclure ce dossier sur la projection pour de bon. Comme vous pouvez vous en douter, ces trois articles ne font qu’effleurer la surface d’un sujet vaste, profond, et riche. Ainsi, je ne peux que vous encourager à l’explorer davantage à travers les multiples moyens que vous connaissez : recherche internet, livres, formations, etc. La psychologie de la relation d’objet, le champ d’où est extraite la notion de projection, recèle encore énormément de secrets pour moi, mais comme bien souvent l’appel des secrets attise l’ardeur de l’explorateur.

Si nous récapitulons, dans le premier article nous avons exploré les bases de la notion de projection, nous avons établi une définition de travail puis nous avons exposé le risque inhérent à un accompagnant ne maitrisant pas ses projections. Dans le second, nous avons proposé une méthode évitant les projections de contenus avant d’exposer quelques idées concernant l’intuition thérapeutique. Nous avons notamment évoqué les heuristiques cachées, les modèles bayésiens et les apprentissages qui permettent à différents niveaux de générer ces intuitions. Nous avons insisté sur les paramètres menant vers des intuitions de qualité tout en mettant en garde contre une confiance aveugle en cette dernière. Finalement, dans ce dernier article nous nous sommes employés à comprendre les moyens de stimuler la projection chez le client, puis de faire un focus particulier sur l’introjection (le pendant de la projection) en reliant ce phénomène à l’apprentissage. Il en découle naturellement des applications simples en accompagnement auxquels j’ai ajouté une piste de travail sur les sous-modalités. Cet article débouche sur une mise en perspective de la projection avec des approches en sous-personnalités. Ce parallèle vise à mettre en lumière un aspect qui me semble essentiel dans l’accompagnement : décloisonner la personne, lui permettre à travers les dispositifs que nous mettons en place de se rencontrer, de communiquer avec des aspects d’elle qui pourraient avoir plus d’importance que ce que l’on veut croire et finalement trouver une flexibilité plus grande que ce qu’elle aurait pu imaginer.

Ce dossier sur la projection s’achève ici pour l’instant. Sous peu vous pourrez découvrir un résumé condensant les points clefs évoqués dans cette série. D’ici là, portez-vous bien!

Clément

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-SOURCES-

  • hypnologie, cycle 2015/2016, surfaces projectives
  • The ego as subject and object in narcissism, Paul Federn
  • Using your Brain for a change, Richard Bandler
  • Le grand livre de la PNL, Catherine Cudicio
  • Internal Family Systems Therapy, Richard C. Schwartz
  • Waking Dreams, Mary Watkins
  • Subpersonnalities, James Vargiu
  • Embracing all our Selves, Hall & Sidra Stone

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CC

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